Le chemin vers la couverture sanitaire universelle :étude de cas sur le Gabon

Décembre 2015

Les téléphones portables sont en passe de devenir l’un des outils de santé les plus importants au monde, utilisés dans de nombreux pays pour enregistrer l’activité physique, vérifier que des médicaments sont authentiques, et même lire les niveaux de glycémie. Au Gabon, ils sont utilisés pour augmenter les revenus du système national de santé.

99% des pauvres ont accès à des services de santé essentiels comme les soins pendant la grossesse.
CNAMGS/Gabon
Une taxe de 10% sur les revenus des compagnies de téléphonie mobile et sur l’utilisation des téléphones portables, introduite par le gouvernement gabonais en 2008, a permis de multiplier par plus de 2 les fonds d’un programme d’assurance-maladie qui couvre à l’heure actuelle 99% de la populations la plus pauvre du pays, donnant accès à des services de santé essentiels comme les soins pendant la grossesse.

Cette taxe fait partie d’un train de mesures qui ont permis de faire progresser le taux d’inscription de la population à un plan d’assurance maladie à 45% en 2012, alors qu’il était inférieur à 20% en 2007.

Le Gabon fait partie des plus de 100 pays qui ont demandé conseil à l’OMS sur la façon de progresser vers la couverture sanitaire universelle afin de faire en sorte que leur population puisse accéder à des services de santé de qualité sans rencontrer de difficultés financières.

«Depuis le début, le gouvernement a mis l’accent sur les pauvres, puis il a mis en œuvre les réformes rapidement», explique le Dr Hélène Barroy, spécialiste de haut niveau du financement de la santé à l’OMS, qui a coécrit une étude sur les réformes du financement de la santé au Gabon l’an dernier. «À peine 5 ans plus tard, pratiquement tous les pauvres sont maintenant couverts.»

Le premier programme national d’assurance-maladie

Le Gabon s’est lancé sur la voie de la couverture sanitaire universelle en 2007, lorsqu’il a adopté une loi créant le premier programme national d’assurance-maladie du pays. L’année suivante, il a introduit la taxe sur les téléphones portables, de même que la taxe sur les transferts financiers étrangers; ces deux taxes ont été allouées au système de santé.

Depuis, le gouvernement a étendu le programme d’assurance afin d’inclure les pauvres, les étudiants, les fonctionnaires et les employés du secteur privé.

Le Dr Boureima Hama Sambo, représentant de l’OMS au Gabon, explique que depuis l’entrée en vigueur du programme, les dépenses de santé catastrophiques (lorsque les ménages consacrent plus de 40% de leurs dépenses aux frais de santé) sont passées de 35% à 21%.

Presque 900 000 personnes bénéficient maintenant d’une assurance maladie au Gabon, dont plus de deux tiers sont considérées comme pauvres.

Les réformes ont allégé la charge financière pour les ménages. Les débours directs des ménages ont baissé pour atteindre 21% des dépenses totales de santé en 2014, alors qu’ils représentaient 51% de ces dépenses en 2008. Le gouvernement a construit de nouveaux hôpitaux dotés d’équipements médicaux modernes afin d’améliorer la qualité des soins de santé et d’égaler le niveau des autres pays à revenu intermédiaire.

Le poids financier des soins de santé

Ces réformes ont eu des effets positifs tangibles sur la santé. Le nombre d’enfants souffrant de malnutrition a été divisé par deux et 90% des naissances ont maintenant lieu dans un dispensaire ou un hôpital. Le taux de nouvelles infections à VIH a été divisé par deux depuis 2001 et la proportion de personnes infectées ayant accès aux traitements est cinq fois plus élevée qu’en 2002.

Pourtant, nombre d’indicateurs sanitaires du pays restent comparables à ceux de pays plus pauvres. Le Gabon a une espérance de vie de 63 ans, alors que la moyenne est de 74 ans dans les autres pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

La mortalité de l’enfant et la mortalité lors de l’accouchement sont comparables aux chiffres des pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, et le paludisme reste la première cause de maladie et la principale cause de décès chez les enfants âgés de moins de 5 ans.

Le Gabon présente des taux croissants d’hypertension artérielle et d’obésité, et les cardiopathies, le diabète, le cancer et d’autres maladies non transmissibles sont en train de devenir des problèmes majeurs de santé publique.

Le pays dispose d’un nombre largement suffisant de lits d’hôpital et d’un nombre adéquat d’agents de santé, mais son système de soins primaires est vulnérable, en particulier dans les régions.

Le programme national d’assurance ne couvre pas actuellement les personnes qui travaillent dans le «secteur informel», notamment les vendeurs ambulants, les cireurs de chaussures et les travailleurs à domicile, qui représentent 70% de la main-d’œuvre. Le gouvernement devra trouver de nouvelles sources de revenus pour répondre aux demandes croissantes qui pèsent sur son système de santé.

Une couverture qui s’étend

«La principale difficulté lorsque vous créez un système ambitieux comme celui-là, c’est sa pérennité», explique le Dr Sambo. «Vous pouvez avoir des idées brillantes, mais en fin de compte, vous vous rendez compte que le système est dépassé, que vous ne pouvez plus payer, ou alors que si vous payez, le système n’a plus d’argent.»

L’OMS donne des conseils au gouvernement gabonais sur les façons de garantir la pérennité du système et de limiter les coûts en augmentant l’utilisation de médicaments génériques de qualité et en élaborant des plans sanitaires de district afin d’accroître la prestation de services de soins primaires dans les zones rurales.

«Il n’en reste pas moins que d’autres réformes s’imposeront pour contenir le coût de la santé, notamment des changements sur la façon dont les biens et services sont achetés et des mesures visant à encourager les patients à utiliser les dispensaires locaux plutôt que les hôpitaux», explique le Dr Barroy.

«Le gouvernement n’a pas encore mis en place des mécanismes pour gérer l’accroissement de la demande et l’augmentation des coûts», ajoute-t-elle. «Dans d’autres pays, nous avons constaté qu’il s’agit là de la principale difficulté. J’espère que le Gabon traitera cette question avec sérieux afin de maintenir la couverture sanitaire universelle. »

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